Yohanna My Nguyen
Sans titre, peinture numérique, 2019, extrait de la serie “Red Tape”

Yohanna My Nguyen

Yohanna My Nguyen lives in Brussels since autumn 2018. Prior to founding her practice, she has been raised by an Italian mother and a Vietnamese father, has studied and worked in Paris, Geneva, London and the Hague (in chronological order). Her activities comprise shape making, text shaping (including the tedious craft of typeface design), music composition, automatic drawing, story-telling and teaching. yohannamy.com

Quelle méthode, support ou objet tiers au démarrage

Yohanna a le souvenir d’une feuille de route pour un projet web mené avec un éditeur. Une feuille qui marque les étapes. Pour elle-même, elle a un jour écrit une liste des gens avec qui elle avait envie de travailler. Dans les dix années qui ont suivi, elle a activé ces rencontres.

Morceaux, extraits, anecdotes d’une collaboration en crash et/ou réussie

Yohanna travaille en collaboration avec des personnes qu’elle connaît, souvent, depuis longtemps. Et ça pour l’ensemble de sa pratique, éditoriale, typographique, visuelle et musicale. Sur une expérience hors circuit de connaissances avec une maison d’édition (La Découverte) suite à un appel à projet rémunéré (1000 €), Yohanna parle d’une bonne échelle de projet mais reste déçue du peu d’espace d’éducation, de pédagogie de l’un à l’autre. L’échange commence trop en après des décisions et là encore, il faudra du temps pour développer ce dialogue.

« En diagonale, et pour beaucoup, c’est quand même l’argent le nerf de la guerre. » Comme condition d’un vrai travail collaboré réussi : vivre des trucs très fort ensemble, se trouver humainement et intellectuellement, avoir du temps. Pour elle, les choses se mettent souvent au mieux quand il n’y a « de compte à rendre » à personne et pourtant à l’occasion d’une résidence en Suisse, elle se rend compte que le manque de contraintes, d’attentes et le confort matériel au quotidien ont leurs qualités comme leurs défauts.

Là où le plus de choses se cristallisent : les institutions d’état (en l’occurence, la France). L’environnement bureaucratique et administratif désenchante.

« Comment créer un endroit où il doit y avoir des contrats mais où on peut crier “fuck les contrats?” Je me rends compte que c’est aussi très spécifique à mon rapport à mon environnement administratif (français) qui se croit en droit ou se sent tenu de créer des contrats, des formulaires, des compte-rendus, des ordres du jours, des chartes, des rapports, des évaluations —toute cette littérature grise— pour des choses dérisoires, pour se donner du grain imaginaire, à moudre sans jamais se poser la question de leurs légitimités, répondre à des questions précises, donner des outils à des personnes ou des situations qui en nécessiteraient. Ça devrait être un droit, une liberté de ne pas donner suite à ces documents qui encombrent notre temps, notre cerveau, et qui donc in fine créent —pour la plupart— de la confusion supplémentaire et ne sont pas justes inutiles mais dommageables. Il n’y a pas de raison pour qu’une forme d’“écologie administrative” ne soit pas questionnée. D’où mon “fuck les contrats”…

Et donc peut-être comme un élément de réponse à cela, qui dépasserait le “fuck les contrats”, donner à lire une traduction du Dao de jing, et comme ça, je garde ma voix pour chanter. »